Lara Aharonian« Si l’on veut plus de droits en Arménie, si l’on veut revendiquer nos territoires, il faut commencer par avoir une société plus juste, incluant les femmes, et luttant contre les violences faites aux femmes et les discriminations. »

A l’occasion d’une tournée de conférences organisées en France par Charjoum – le mouvement, Lara Aharonian – militante des droits des femmes en Arménie a répondu à nos questions.

Lara Aharonian, est née à Beyrouth. Elle a quitté le Liban pour le Canada avec sa famille et a fait ses études à Montréal. Elle nous a dit : « J’ai toujours voulu venir en Arménie. En diaspora, on nous faisait rêver d’une Arménie idéale, pour laquelle nous pourrions agir ».

Comment est née l’idée de créer le Women’s Resources Center ?

J’ai d’abord travaillé en tant que bénévole à Terre et Culture. En 2003, j’ai déménagé à Erevan et avant d’arriver en Arménie, je suis entrée en contact avec Kohare, aujourd’hui professeure en sociologie, étudiante durant cette période et qui travaillait déjà sur le féminisme. C’est via l’Université d’Etat de Erevan que nous nous sommes connues.

En 2003, nous avons eu l’idée de créer un centre de ressources, d’abord sur le campus de l’Université d’Etat de Erevan. Nous avons créé des liens avec une professeure de sociologie, avec qui on a travaillé sur la « question des femmes ». A la rentrée 2004, nous avons réussi a obtenir un local sur le campus de l’Université d’Etat, dans lequel on a ouvert une bibliothèque féministe grâce aux dons de livres d’enseignant-es.

Cliquez ici pour faire un don

Le 17 juillet 2016, un groupe armé de 31 vétérans des guerres du Karabakh investit par la force la caserne de police du quartier Erebouni à Erevan. Ils se font connaître sous le nom des ‘Sasna Tsrer’, les Fous de Sassoun ou littéralement les Enragés de Sassoun, du nom de l’épopée du Haut Moyen Age dont la geste est connue de chaque Arménien comme une page héroïque dans la résistance contre les empires et l’impossible soumission de son peuple.

Les revendications du commando sont la libération d’un leader politique emprisonné, Jirair Sefilian, membre du mouvement d’opposition ‘Parlement Fondateur’ et la démission du président Arménien Serj Sarkissian, accusé de conduire le pays à la ruine avec l’appui de l’oligarchie et d’avoir failli dans la défense de l’enclave du Haut-Karabakh au cours de la guerre de 4 jours du 2 avril 2016 qui fera cent morts dans les rangs arméniens et ouvrira une saignée par la perte de territoires à Talich.

Au terme d’une opération de douze jours, le commando, qui compte plusieurs blessés, rendra les armes. Dans l’espace de ces douze jours, la population d’Erevan aura montré une mobilisation chaque jour plus ferme en soutien aux revendications du commando et plaidant pour une issue pacifique à l’opération qui aura fait trois morts dans les rangs de la police et de nombreux blessés parmi les manifestants au cours de la répression policière qui s’ensuit. Un homme s’immolera par le feu dans le quartier de Sari Dagh.

A ce jour, les 31 membres du commando sont emprisonnés au secret. Au total, 77 personnes sont poursuivies pour soutien au groupe armé.

« Ils croient bien se jouer de moi

en prenant du bon temps

mais qu’ils le sachent bien

de noce il n’y aura pas »

C’est le refrain qu’Aram garde aux lèvres toute la journée du 16 juillet. Il est tiré de l’air de Stambouli, dans l’opérette populaire ‘Leblebi Chor Chor Agha’ du compositeur Tigran Tchoukhadjian jouée à Istanbul en 1875. Stambouli a refusé la main de sa fille à un riche prétendant, il entend rester maître de son destin.

Aram le chante encore avec bonne humeur quand sa mère et sa sœur quittent l’appartement familial d’Erevan pour se rendre au village. C’est là qu’elles ouvriront les nouvelles le lendemain matin : Pavlik Manoukian et son fils Aram font la une des nouvelles. Sur les premières images, elles reconnaissent Sergo puis d’autres familiers. A 7h30, avec un groupe de proches, ils ont pris d’assaut la caserne de police du quartier Erebouni d’Erevan et expriment des revendications politiques. Ce 17 juillet, leur vie change de nouveau de cours.

Armenag Kyureghian et sa femme Nevart ont trois fils. Hayk, Areg et Serguei, tous trois en prison.

Le 17 juillet, le téléphone a réveillé Armenag. C’est la voix d’Areg.

– Baba, nous avons pris le Kount.

– … Quel Kount, mon fils ?

– Le Hadouk Kount, celui d’Erebouni. On l’a pris… Le monde ne s’arrêtera pas de tourner, ne t’en fais pas.  

Ce monde qui ne s’arrêtera pas de tourner, c’est la certitude qu’Areg est prêt à sacrifier sa vie. La prise de la caserne Erebouni est une opération suicide. Armenag se précipite sur place. Il est aussitôt arrêté. Menotté, conduit au poste pour 24 heures. Puis il croisera sa femme Nevart dans les couloirs du commissariat où les interpellés se cognent les uns aux autres, sans recevoir ni eau, ni nourriture, les mains menottées dans le dos.

– Loucinée, est-ce que Varoujan est à la maison ?

– Je ne sais pas maman, pourquoi ?

– Allume les nouvelles.

Il est 7 h 30 du matin ce 17 juillet, jamais sa mère n’appelle si tôt. Varoujan a quitté la maison la veille pour une visite à Abaran. Il l’a avertie qu’il serait de retour le lendemain vers midi. « Et cela fait trois mois… trois mois qu’on ne l’a pas vu, que l’on ne s’est pas parlé » résume sa femme Loucinée. Toute la semaine, Varoujan Avedissian s’était déplacé vers Kirovakan, Abaran ou Armavir. Les activistes se retrouvaient chez l’un ou l’autre. « Ils nous préparaient à leur absence » devine Loucinée.

Nom
Mail

République indépendante du Haut-Karabagh