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On croyait les peuples autochtones des États-Unis disparus (existe-t-il encore des Sioux et des Apaches ?) et leur culture morte et enterrée : westerns, réserves et folklore ; mais un documentaire récent sorti sur les écrans vient corriger le préjugé. « The Ride », de Stéphanie Gillard filme la chevauchée annuelle de dizaines d’ados Lakota qui parcourent 450 km pour commémorer le massacre de leurs ancêtres à Wounded Knee (1890). Les adultes qui les encadrent leur expliquent leur histoire et leur redonnent de la fierté.

À partir de là, on a envie d’en savoir davantage sur la façon dont les « Indiens » ont maintenu leur existence et leur identité et on découvre, dans l’étude de l’historienne Élise Marienstras, La Résistance indienne aux États-Unis, qu’ils n’ont en fait jamais cessé de lutter.

Lutter d’abord pour leur survie. Le nombre d’autochtones aux États-Unis avant l’immigration des Blancs est estimé à 10-12 millions. En 1890, il n’en restait plus que 230 000. Les massacres, certes, comme à Wounded Knee, mais aussi les épidémies, la stérilisation forcée des femmes, etc. Pourtant, le recensement de 2010 enregistre 2,8 millions d’ « Indiens » aux États-Unis (grâce à un bon taux de natalité et à une réforme de leurs croyances leur permettant d’accepter la vaccination).

Pendant les « guerres indiennes », au xixe siècle, les nations autochtones ont presque toujours eu l’avantage. Ce n’est pas sur le terrain militaire qu’elles ont été défaites. La lutte a pris plusieurs formes comme l’affrontement dans les grandes plaines ou la guérilla, au sud-ouest du pays, où les Apaches ont tenu tête pendant dix ans à l’Armée des États-Unis. La victoire la plus éclatante est celle de Little Big Horn où Lakotas et Cheyennes unis infligent à Custer une défaite sévère : tous ses hommes sont tués, contre 16 des 1 500 guerriers indiens.

C’est à partir du « Nouveau Statut des Indiens », en 1868, que ceux-ci sont dépossédés de leurs droits collectifs. Ils ne sont plus reconnus comme des nations souveraines (avec lesquels on pouvait conclure des traités), mais atomisés en individus soumis aux lois des États-Unis, parqués dans des réserves, déjà délimitées dans certains États et désormais généralisées à tout le territoire. Cela causera la déstructuration des sociétés autochtones (impossibilité de pratiquer leur mode de vie, dépendance par rapport aux rations alimentaires fournies par le gouvernement, paupérisation, évangélisation...). Pendant tout le siècle suivant, les Indiens sont comme une « colonie de l’intérieur ».

À partir des années 1960, les Indiens s’inscrivent dans toutes les luttes d’émancipation des minorités. La lutte contre l’acculturation prend la forme d’un renouvellement culturel capable de créer une conscience nationale et de se confronter à la culture européenne (avec parfois des retours à la lutte armée).

Dans les années 1970, le combat continue aussi au plan légal, en suivant la « Piste des Traités Violés » (par les États-Unis) pour les faire valoir de façon pacifique ou par des actions d’éclat comme « La Plus Longue Marche » de San-Francisco à Washington en 1978.

L’un des enjeux actuels pour les Indiens est l’exploitation des hydrocarbures et la construction de pipelines dans, à travers ou à proximité immédiate de leurs territoires. Ainsi, le projet d’oléoduc Dakota Acces Pipeline avait été suspendu par Obama après l’occupation pendant des mois, par les Sioux de Standing Rock soutenus par les écologistes, du site jouxtant leur réserve. Trump a relancé le projet dès son arrivée au pouvoir...

Élise Marienstras, La Résistance indienne aux États-Unis, xvie - xxie siècles, Édition revue et augmentée, Gallimard, Folio histoire, 2014, 352 p., 8,90 €, format numérique 7,99 €.

Stéphanie Gillard, « The Ride ».
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19575592&cfilm=245951.html

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