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Comment l’ancien « dirigeant novateur », « démocrate, proeuropéen » est-il devenu le despote d’aujourd’hui en « quinze ans au sommet » ?

Pour retracer ce parcours et expliquer l’apparent paradoxe, Guillaume Perrier, journaliste longtemps en poste à Istanbul et co-auteur avec Laure Marchand de La Turquie et le Fantôme arménien, fait un détour par les années de formation du jeune Erdoğan. La collection « Dans la tête de... » impose à l’auteur un minimum de psychologie (origines modestes, père violent, scolarité au lycée de formation des imams et des prédicateurs...); mais Perrier abandonne vite ce terrain pour développer une analyse plus politique de l’ascension d’Erdoğan vers la « confiscation du pouvoir ».

La clé du succès ? Des revirements constants. Alliés d’hier maintenant persécutés (Gülen et ses prétendus partisans : « 170 000 limogeages dans la fonction publique, 40 000 emprisonnements »), anciens ministres humiliés (Davutoğlu), anciens ennemis devenus alliés (Poutine)... Erdoğan utilise, manipule et jette. Tout est moyen pour arriver à ses fins, ses choix ne sont dictés par aucun autre principe que la possession du pouvoir. Et sa rhétorique de prédicateur dissimulateur aux multiples langages le rend capable de justifier toutes ses décisions, ainsi que leur contraire en cas de besoin.

L’analyse de Perrier reprend les événements majeurs de ces dernières années en matière de politique extérieure (Chypre, Union Européenne, Gaza, Syrie...) et intérieure, où le journaliste met clairement en lumière les antagonismes politiques internes en Turquie : l’opposition des démocrates, mais surtout celle des kémalistes et de l’armée. Il montre entre autres comment la question du tabou arménien est instrumentalisée dans ces conflits turco-turcs.

Et comme les journalistes ont des antennes partout, on apprend qu’Erdoğan dans sa jeunesse a joué dans une pièce intitulée Maskomyah, dénonçant le supposé complot maçonnique (mas), communiste (kom) et juif (yahudi) contre le peuple turc ; on découvre des extraits de conversations téléphoniques impliquant Erdoğan dans des scandales de corruption et, ceci explique peut-être cela, on se fait une idée de la coquette résidence de plus de 1000 pièces qu’il s’est fait construire à Ankara.

Guillaume Perrier, Dans la tête de Recep Tayyip Erdoğan, Solin / Actes Sud, 233 p., 19 €

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