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Arméniens de diaspora, nous avons un devoir de solidarité avec la lutte du peuple d’Arménie

Au rythme des révoltes et des guerres, ces dernières années nous ont permises d’exprimer notre solidarité avec des causes et des peuples. Les Arméniens ont ainsi, tour à tour, soutenu le peuple de Turquie, qui dans sa grande diversité, luttait contre les projets urbains d’Erdogan et sa politique de manière générale. Attentifs aux manifestations de Taksim et Gezi, nous avons été nombreux à être soucieux des vagues d’arrestations d’opposants politiques et de journalistes qui s’intensifiaient dès 2013. Les Arméniens ont également été solidaires des Kurdes, lorsqu’ils étaient réprimés en Turquie, notamment à Dyarbekir en 2015. Toujours aux côtés des Kurdes dans les rues de France, pour dénoncer chaque année depuis 5 ans, l’assassinat impuni, à Paris, des trois militantes de la cause de ce peuple. Nous avons également dénoncé les crimes de Daech et des groupes islamistes en Syrie à partir de 2011, exprimé notre compassion lorsque les chrétiens d’Orient ou les Yezidis étaient opprimés. Ces quelques marques de solidarité, même si elles auraient pu être encore plus prononcées et généralisées, sont le signe d’une humanité qui honore les Arméniens dans leur globalité. C’est un devoir, en tant que peuple violenté à travers les siècles de se tenir aux côtés des naufragés de notre temps.

Aujourd’hui, c’est le peuple d’Arménie qui défend sa dignité dans les rues de Yerevan. En réalité il a pris le chemin de la révolte depuis plus longtemps. Dès 2008, pas une année ne s’est écoulée sans un printemps, un hiver ou un été de lutte intense. Les motifs des mobilisations ont pu varier au gré des contextes. Le peuple a manifesté sa colère à cause de la totalité des élections truquées, mais aussi en raison de l’augmentation du prix de l’électricité décidée par Moscou, ou encore pour soutenir les Sasna Dzrer (les “enragés de Sassoun“) ou plus généralement pour dénoncer la corruption généralisée qui a permis aux dirigeants d’Arménie et leurs amis, de devenir les personnalités les plus riches du pays. Mais les raisons profondes de la révolte qui gagne le pays sont constantes et se sont accentuées au fil du temps ; les désirs d’égalité, de liberté et de justice.

Le peuple est las de se faire exploiter par une oligarchie sans foi ni loi, à part celle de ses maîtres au Kremlin. Les injustices sont en train de tuer l’Arménie de l’intérieur. Toutes les richesses du pays sont vendues à des multinationales. Toutes les ressources sont pillées par un clan, dont les membres se partagent le pouvoir. Bientôt il ne restera plus rien pour assurer la défense du pays contre un voisin, l’Azerbaïdjan du dictateur Ilham Aliyev, particulièrement expansionniste. Par lassitude et écœurement, les Arméniens partent, s’exilent massivement pour vendre leur force de travail à un autre pays et tenter de construire un avenir meilleur pour leur famille. Quel avenir pour une Arménie vidée de ses habitants ?

Si, en tant qu’Arméniens, nous avons été capables d’empathie, voire de solidarité, avec les minorités de Turquie et de Syrie, quel serait le symbole d’une diaspora qui fermerait les yeux sur un peuple d’Arménie qui défend ses droits et résiste contre le régime politique qui l’opprime ?

Faire preuve d’unité, dans ce cas de figure, consiste à choisir un camp. La diaspora sera soit en faveur du gouvernement, soit du côté du peuple. Dans ce contexte, opter pour le silence équivaudrait à se ranger du côté du gouvernement. Gardons toujours à l’esprit que ce sont les nouvelles générations, celles qui s’organisent dans la rue pour changer de régime qui auront la tâche de bâtir l’Arménie de demain, ne les abandonnons pas.

Yériché Gorizian, chercheur à l’université de Lyon, membre du mouvement Charjoum